Je vous écris depuis ce moment précis où détourner les yeux n’est plus possible.
J’ai longtemps regardé ailleurs, par fatigue, par habitude, par facilité peut-être. Ce qui déborde, ce qui fracture, ce qui inquiète, tout cela trouvait toujours une distance suffisante pour ne pas m’atteindre tout à fait. On apprend à vivre ainsi, à composer avec ce qui ne nous regarde pas directement.
Mais quelque chose a changé.
Ce n’est pas un événement, ni une révélation. Plutôt une accumulation, lente, silencieuse, jusqu’au point où l’on ne peut plus faire comme si. Les images restent, les mots s’installent, les visages persistent. Ce qui était lointain devient proche, ce qui était abstrait devient tangible.
Je ne veux plus détourner le regard.
Non pas parce que je saurais quoi faire, ni même quoi dire. Mais parce qu’il me semble qu’il y a, dans le fait de regarder, une première forme de responsabilité. Une manière minimale de ne pas laisser les choses disparaître tout à fait.
Regarder, c’est déjà refuser l’effacement.
Alors je reste là, face à ce qui est. Sans solution, sans certitude, mais avec cette décision simple : ne plus faire comme si cela ne me concernait pas.
Peut-être que cela ne change rien.
Mais peut-être que c’est déjà un début.
Anonyme
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